La ViaFlandrica : c'est quoi exactement ?
La ViaFlandrica est un itinéraire cyclable longue distance qui traverse la Flandre française et belge du littoral jusqu'à Bruges. C'est aussi la partie française de l'EuroVelo 5 (EV5), le grand itinéraire européen qui relie Londres à Rome via Bruges, Reims et les Alpes. Autant dire que le tronçon Dunkerque-Bruges s'inscrit dans quelque chose de plus grand, mais on peut très bien s'arrêter à Bruges sans avoir l'ambition de finir à Rome.
136 kilomètres au total. Balisage blanc et rouge sur route, panneaux directionnels aux intersections, quelques sections sur pistes cyclables dédiées. La grande majorité du tracé longe des routes secondaires avec peu de circulation, des canaux, des polders, et des alignements de peupliers que le vent du Nord fait claquer. C'est une Flandre de carte postale, mais sans le côté artificiel des cartes postales, c'est vraiment comme ça.
Niveau de difficulté : accessible à tout cycliste régulier. On n'est pas sur un itinéraire montagnard. La plaine flamande est, par définition, plate, à une exception près qu'on mentionnera franchement à l'étape 2. Un randonneur qui fait 40-50 km par semaine peut envisager le trajet en 5 jours confortables. Un cycliste plus sportif peut viser 3 jours, mais alors on perd la moitié du plaisir, qui est précisément de prendre le temps.
Étape 1, Dunkerque → Bergues : 8 km (l'échauffement)
On part de la gare de Dunkerque ou du port de Malo-les-Bains selon où on a dormi. Le tracé quitte rapidement la zone urbaine pour rejoindre les polders dunkerquois, ces terres gagnées sur la mer entre le XIe et le XVIIe siècle, plates comme des tables de billard, quadrillées de canaux où les hérons se posent au petit matin. En septembre, il y a encore de la brume au ras des champs. C'est beau d'une façon un peu mélancolique qu'on appelle ça caille mais c'est beau.
Bergues apparaît à l'horizon avec son beffroi et ses remparts Vauban, on la voit de loin, depuis les polders, parce qu'il n'y a rien d'autre à l'horizon. C'est une première étape d'échauffement : 8 kilomètres, zéro dénivelé, parfaite pour tester son chargement et ajuster ses sacoches avant les vraies distances. On recommande de s'y arrêter pour la nuit ou au moins pour déjeuner, les estaminets de Bergues méritent le détour, et le potjevleesch se mérite après quelques kilomètres de pédalage.
Étape 2, Bergues → Cassel : 30 km (la montée qu'on vous annonce franchement)
Voilà la seule vraie difficulté du parcours. Cassel est perchée à 176 mètres d'altitude, ce qui ne paraît rien dit comme ça, mais sur fond de plaine flamande où tout est à zéro mètre depuis 100 km, ces 176 mètres se voient depuis 15 kilomètres et se sentent dans les jambes. Le mont Cassel est la colline la plus élevée des Flandres occidentales françaises. Les Romains y avaient un camp, Napoléon y a observé ses troupes, et nous, on y monte à vélo en soufflant.
La montée finale dure environ 2 kilomètres à 6-8% de pente selon l'itinéraire choisi. Ce n'est pas le col de l'Iseran, mais après 25 km à plat avec un vélo chargé, ça surprend. On vous conseille de passer en petits braquets bien avant, de ne pas regarder en haut, et de penser au panorama qui attend en haut, par beau temps, on voit jusqu'à la mer et jusqu'aux collines de Belgique. Par temps couvert (fréquent), on voit quand même Bergues, Hazebrouck et les moulins à vent qui jalonnent les monts de Flandre. Le détour vaut la montée.
Et à Cassel, il y a de très bons estaminets pour récupérer. Ce n'est pas un hasard.
Étape 3, Cassel → Ypres/Ieper : 30 km (bienvenue en Belgique)
Quelque part entre Cassel et la frontière, les panneaux passent au néerlandais. C'est un effet légèrement déstabilisant pour le cycliste français qui s'attendait à une douane, un agent en uniforme, quelque chose de solennel, et qui traverse la frontière entre deux champs de betteraves sans s'en rendre compte. Bienvenue en Belgique. La route continue, les nuages pareils, les peupliers pareils.
Ypres, Ieper en flamand, est une étape chargée d'histoire. La ville a été entièrement rasée par les combats de 1914-1918 et reconstruite à l'identique dans les années 1920 : la Halle aux draps, le beffroi, les Halles médiévales, tout est reconstruit mais avec une précision qui donne le vertige. Le soir, à 20h, la cérémonie du Last Post sous la Porte de Menin commémore depuis 1928 les soldats tombés dans le secteur, toutes les nuits, sans exception sauf pendant la Seconde Guerre mondiale. Ne passez pas par Ypres sans vous y arrêter le temps de la cérémonie.
Nuit à Ypres recommandée. Les auberges de jeunesse In Flanders Fields et Albatros sont bien situées et cycliste-friendly.
Étape 4, Ypres → Courtrai/Kortrijk : 40 km (la Flandre belge)
La plus longue étape du parcours, mais aussi la plus variée. On quitte le Westhoek, la région des collines et des mémoriaux, pour entrer dans la Flandre industrielle et agricole. Courtrai (Kortrijk) est une ville moyenne que les touristes ne visitent pas, et c'est précisément pourquoi on l'aime un peu. Les bâtiments du beguinage de Courtrai sont classés UNESCO, le Musée du Lin retrace une histoire économique fascinante (la région a été, jusqu'au XIXe siècle, le premier producteur mondial de lin), et les fritures sont une vraie baraque à frites, pas le truc pour touristes.
La Lys longe une bonne partie de l'étape, on pédale sur les berges du fleuve, entre des fermes flamandes aux briques rouges et des écluses dont certaines sont encore actionnées à la main. C'est un de ces tronçons qu'on refait mentalement quand on est de retour à la ville et qu'on a besoin de se souvenir que le monde peut être calme.
Étape 5, Courtrai → Bruges : 28 km (l'arrivée dans la Venise du Nord)
La dernière étape est un cadeau : relativement courte, bien balisée, et elle se termine à Bruges. On approche par les canaux extérieurs, on entre dans la ville par les berges, et soudain il y a des cygnes, des ponts en pierre, des façades à pignons à redents qui se reflètent dans l'eau, et oui, c'est exactement comme ça. Bruges mérite la réputation qu'elle a, et y arriver à vélo depuis Dunkerque lui donne une dimension supplémentaire. On a fait 136 km pour être là. C'est mérité.
On conseille au moins deux nuits à Bruges. Le temps de visiter les brasseries, le musée Groeningemuseum avec sa collection de Primitifs flamands, de manger des moules au Markt, et de récupérer les jambes avant le train retour.
Quand partir, avec quel vélo, où dormir
Meilleure période : mai à septembre. En mai-juin, le trafic est faible, la nature est en fleur et il fait jour tard. En juillet-août, il y a plus de monde sur certains tronçons belges, mais les conditions météo sont meilleures. Septembre est idéal : lumière d'automne précoce, moins de monde, et les estaminets ont souvent les plats de saison.
Pour le vélo : un gravel ou un vélo de randonnée est recommandé. Certains tronçons en Flandre française passent par des chemins pavés (les fameux chemins de halage en pavés de grès), qui secouent un vélo de route à pneus fins. Un VTT passe partout mais est moins confortable sur les longues distances. Le vélo électrique est une option sérieuse sur ce parcours : les portions longues et venteuses de la plaine flamande s'apprécient différemment avec de l'assistance.
Pour l'hébergement, trois options selon le budget et l'humeur. Les campings municipaux jalonnent le parcours et sont souvent de qualité correcte pour un prix très bas (8-12€ la nuit). Les auberges de jeunesse à Ypres et Bruges sont bien équipées pour les cyclistes (abris vélos, casiers). Les B&B flamands, les gastenkamer, offrent souvent le meilleur rapport qualité/ambiance : une famille, un petit-déjeuner copieux, et souvent des conseils de routes locales que vous ne trouverez pas sur Komoot.
Pour le tracé GPS : l'application Komoot a le parcours ViaFlandrica cartographié avec les variantes et les points d'intérêt. On peut aussi télécharger le GPX officiel sur le site ViaFlandrica.be. Avoir les deux ne fait pas de mal, les données se complètent. Notre guide vélo en Flandre détaille aussi les options de location de vélos à Dunkerque et les services de transport de bagages pour ceux qui ne veulent pas porter leurs affaires.
Ce qu'on a appris en faisant ce parcours
On a fait la ViaFlandrica en septembre, en trois jours et demi (on était pressés, on le regrette un peu). Il a plu le deuxième jour. Normal. On est dans le Nord. Mais les paysages de polders sous la pluie fine ont une qualité particulière, les couleurs deviennent plus saturées, les reflets dans les canaux plus nets, et les rares voitures sur les routes secondaires ralentissent pour ne pas nous éclabousser. La Flandre sous la pluie, c'est presque mieux que sous le soleil. On dit presque, parce que la montée de Cassel sous l'averse est une épreuve d'un autre calibre.
Ce qu'on retient surtout : la Flandre à vélo est une autre façon de comprendre pourquoi la peinture flamande du XVe siècle est aussi plate et aussi lumineuse. Vous pédalez dans un tableau, et le tableau est immense. Tout est horizontal, le ciel, la terre, les canaux, les routes, sauf Cassel, sauf Ypres, sauf Bruges. Et ces exceptions verticales, quand elles apparaissent à l'horizon, ont un poids énorme. Elles méritaient d'être peintes. On comprend maintenant pourquoi.